L'AIDE A L'EDUCATION DE BASE DIMINUE...

Le Rapport mondial de suivi 2009 de l'UNESCO prévenait que la communauté internationale n'atteindrait pas les objectifs adoptés à Dakar en 2000. Actuellement, 75 millions d'enfants sont exclus du système scolaire et beaucoup d’autres quittent l'école avant d'avoir terminé le cycle primaire. Les projections montrent que l'objectif d'enseignement primaire universel en 2015 ne sera pas atteint : au moins 30 millions d'enfants ne seront pas scolarisés à cette date.

L'aide à l'éducation de base a joué un rôle primordial dans l'intégration des enfants au système éducatif, la formation des enseignants, la construction de salles de classe et les autres résultats concrets obtenus au cours des dix dernières années, a déclaré Koïchiro Matsuura, Directeur général de l'UNESCO. Le recul prononcé de l'aide compromet ces réussites ainsi que la progression future vers les objectifs de l'Education pour tous.

A l'origine de ce recul, l'effondrement des promesses d'aide bilatérale à l'éducation de base entre 2006 et 2007, qui sont passées en dessous de la barre des 3 milliards de dollars en 2007, ce qui représente une chute de 31% en termes réels. Cette baisse impressionnante de l'aide est à mettre sur le compte de la modification des engagements des donateurs individuels. Ainsi, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, qui avaient considérablement augmenté leur aide à l'éducation de base en 2006, ont largement diminué leurs promesses de dons en 2007. Hormis les Etats-Unis, qui ont largement accru leur aide à l'éducation de base en 2007, trop peu de donateurs bilatéraux sont intervenus pour combler le déficit de financement. Les organismes multilatéraux ont certes augmenté leur aide à l'éducation sur la même période, mais cela n'a pas suffi à contrebalancer ce recul significatif.

Du fait que l'aide à l'éducation de base émane d’un nombre restreint de donateurs, les pays aidés ont beaucoup de mal à faire des prévisions, déclare Kevin Watkins, Directeur du Rapport mondial de suivi. Il y a également de quoi se poser de sérieuses questions sur l'engagement pris par les donateurs de tenir les promesses faites à Dakar.

Selon le Rapport de l'UNESCO, les promesses de dons faites lors de la Conférence sur l'éducation de 2000 n'ont pas été tenues. Après une hausse de 2000 à 2004, l'aide à l'éducation de base a stagné à partir de 2004 avant d'accuser la chute sévère que l'on observe actuellement. L'éducation de base est loin d'être la priorité au sein de l'aide à l’éducation. En 2007, seuls 5% de l'aide accordée à ce secteur ont été affectés à l'éducation de base, soit le niveau le plus bas depuis 2000.

Ces chiffres décevants contrastent avec d'autres tendances plus positives révélées par les données du Comité d'aide au développement de l'OCDE. On peut par exemple se réjouir que l'aide totale nette ait augmenté de plus de 10% en 2008, après avoir diminué pendant deux années. Cependant, on peut se demander quelle part de cette hausse est allée à l'éducation.

Par ailleurs, des signaux alarmants indiquent que la récession économique mondiale risque de menacer tous les niveaux de l'aide. Avec l'accentuation de la pression sur les budgets et le ralentissement de la croissance économique, l'aide aux pays étrangers calculée par rapport au revenu national risque d'être durement touchée. Pour l'aide à l'éducation, la perte pourrait atteindre 1,1 milliard de dollars en 2010.

Ce n'est pas la moment de réduire l'aide à l'éducation de base, a souligné M. Watkins. Avec la crise économique qui condamne des millions de foyers vulnérables à la pauvreté et qui accroît les pressions budgétaires, les donateurs devraient mettre en place des mesures fiscales incitatives afin que les enfants ne quittent pas l'école.

M. Watkins a ajouté que la réunion de printemps du FMI et de la Banque mondiale serait l'occasion de renverser le déclin observé dans l'aide à l'éducation : Pour aboutir à des résultats concrets, il est essentiel que cette réunion soit plus qu'un simple recyclage des engagements et des promesses du sommet du G-20.

Selon le Rapport, une aide annuelle estimée à 11 milliards de dollars serait nécessaire pour atteindre les objectifs clés en matière d'éducation dans les pays les plus pauvres du monde. En 2007, l'aide à l'éducation de base dans ces pays n'a atteint que 2,6 milliards de dollars, soit le quart du montant nécessaire, et elle représente une fraction infime des quelque milliers de milliards de dollars injectés dans les banques et les secteurs frappés par la crise économique mondiale.

L'UNESCO appelle les donateurs à verser les fonds dont les populations les plus pauvres du monde ont besoin de toute urgence pour résister aux effets dévastateurs de la crise. Selon l'Organisation, les donateurs et les gouvernements doivent s'assurer que les budgets à l'éducation et aux autres services sociaux sont maintenus.

Des millions d'enfants risquent d'être les premières victimes de la crise et de garder des séquelles irréversibles si on leur refuse l'accès à la santé, à la nutrition et à l'éducation, déclare M. Matsuura. Nous devons investir dans leur avenir et leur donner l'accès à l'éducation qui leur permettra de sortir de la pauvreté et d'avoir une vie meilleure.
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